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L’épigénétique une révolution silencieuse de la médecine

Jusque dans les années 2000, les médecins pensaient que la génétique humaine était immuable depuis la naissance jusqu’à la mort, mis à part de possibles mutations généralement délétères induites par des rayonnements ou des polluants.

Mais l’épigénétique est venue bousculer ce dogme qui ne reposait sur rien. Car si les gènes demeurent en effet identiques au cours de l’existence, l’expression (l’activité) de ceux-ci change fréquemment. Certains se ferment alors que d’autres s’ouvrent.

Ainsi l’épigénétique a montré que le style de vie et les événements (physiques et psychiques) de la vie vécus par une personne sont capables de modifier l’expression de certains gènes c’est-à-dire de les ouvrir ou de les fermer avec tous les intermédiaires possibles entre les deux.

Plusieurs résultats d’études viennent de corroborer ce mécanisme.

Mais surtout, ces résultats prouvent, que loin d’être un phénomène marginal, l’épigénétique doit être à l’origine de l’évolution (adaptation) de la race humaine mais aussi à l’origine de nombreuses maladies.

L’expression des gènes changent au cours de la vie

Les chercheurs de l’université de Johns Hopkins ont confirmé que sous l’influence de facteurs externes, le génome de chaque individu se modifiait au cours de sa vie, confirmant ainsi les données de l’épigénétique.

Ils ont ainsi étudié le génome de 600 personnes, une première fois en 1991 et une seconde fois entre 2002 et 2005. Ils ont ainsi pu constater des modifications de l’expression de certains gènes, dans un tiers des cas.

Pour eux, les variations dans l’expression de ces gènes étaient induites par les facteurs environnementaux et alimentaires. Ce phénomène expliquerait l’émergence de certaines maladies comme le cancer, qui sont plus fréquentes en vieillissant.

De nombreuses études sur l’épigénétique

Une étude américaine « PLoS One », indique que le tabagisme conduirait à des modifications de l’activité (l’expression) de certains gènes, notamment ceux impliqués dans le contrôle de la division cellulaire. Ce mécanisme peut conduire probablement à la transformation de cellules bronchiques saines en cellules cancéreuses. Le problème est que cette modification persistent même après 20 ans d’arrêt du tabac, d’où la nécessité de surveillance pulmonaire plus importante chez les anciens fumeurs.

Une équipe de l’INSERM (U839) a démontré que la cocaïne, la morphine et les amphétamines modifiaient l’expression de plusieurs gènes qui détourneraient le circuit de la récompense et du plaisir. Par ce biais, la drogue leurre le cerveau faisant croire à une récompense naturelle alors qu’elle est chimique. Cette hyperstimulation artificielle « aboutit à une modification de l’expression génétique au niveau neuronal, ce qui explique l’installation progressive d’une dépendance » explique un des auteur de l’étude.

Sur un autre sujet, lors du 3ème Congrès National d’Asthme et d’Allergie, il a été évoqué des observations qui « suggèrent que les facteurs environnementaux seraient susceptibles de modifier l’expression des gènes » lors de la maladie asthmatique et des manifestations allergiques. « Ces effets dénommés épigénétiques pourraient expliquer partiellement la fréquence sans cesse croissante des maladies d’origine allergiques » (Quotidien du Médecin du 16/06/08).

Un autre exemple encore, est l’adaptation de l’homme à l’altitude. Les chercheurs ont repéré que l’inexpression du gène PDP2 était à l’origine du Mal des Montagnes. Or, chez les Ethiopiens vivant sur les plateau à 3.600 mètres d’altitude, ce gène est très fortement exprimé. Selon les chercheurs, ce phénomène est la conséquence d’une adaptation évolutive. Il y a fort à parier qu’il s’agit ici encore d’un phénomène épigénétique ce qui doit nous rappeler que ces modifications génétiques sont héréditaires, c’est-à-dire qu’elles sont transmises aux descendants… les modifications utiles comme les nuisibles.

L’étude GEMINAL (Gene Expression Modulation by Intervention with Nutrition And Lifestyle) parue dans « Proceeding » de l’Académie des Sciences Américaines, a montré chez 30 hommes atteints de cancer de la prostate, que des modifications importantes de leur mode de vie et de leur alimentation modifiaient l’expression de gènes notamment des gènes impliqués dans la cancérogenèse. Cette dernière étude est particulièrement remarquable parce qu’elle indique si un mauvais mode de vie à ouvert des gènes cancéreux, un changement de celui-ci peut les refermer.

Nous sommes donc maitres de nos gènes et par là, nous sommes maitres de notre destin !

Luc Bodin

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